Aéroports : une gestion à la grecque qui ne s'avoue pas

En ces temps où Macron affiche des ambitions présidentielles, il n'est pas inutile de rappeler à quel point le personnage est nuisible. C'est ce que fait Médiapart, d'abord avec un premier article par lequel il dénonce un scandale lié à l'aéroport de Blagnac, puis avec deux autres articles récents. 

Le premier rappelle les conditions dans lesquelles l'état a cédé ses parts à un investisseur chinois qui, en théorie, n'est pas majoritaire, puisqu'il possède 49,99% des parts. Mais, comme pour la négociation du TAFTA, l'opacité du secret est devenue la règle dans la gouvernance de pays qui osent encore se prétendre démocratiques : l'état a, en effet, passé une convention secrète avec l'investisseur chinois, selon laquelle, en tant qu'actionnaire avec les parts qui lui restent (10%), il ne s'opposera pas aux demandes de l'actionnaire chinois et celui-ci en profite, sous forme de dividences exceptionnels, pour piller les caisses de la société aéroportuaire. C'est rendre, de fait, celui-ci majoritaire, ce que Macron, principal acteur de la transaction, se garde bien d'avouer. Mais les opposants à la privatisation ne baissent pas les bras : ils ont obtenu, en juin et juillet,  du tribunal deux ordonnances autorisant la présence d'un huissier au cours de l'assemblée générale - aujourd'hui reportée sine die, pour retranscrire les débats et obtenir copie du pacte secret passé entre l'état et l'investisseur chinois, dans le dos des autres actionnaires. Qu'un tel secret soit même possible montre à quel point le monde de la finance est vérolé !

Mais ce n'est pas tout : deux nouvelles privatisations sont en cours, concernant les aéroports de Nice et de Lyon : dans les deux aéroports, l'état détient 60% des parts, qu'il entend céder, par une procédure d'appels d'offre qui comprend deux tours, au terme desquels émergent les projets portés par des industriels. Mais alors qu'il était encore ministre, Macron, de façon tout à fait arbitraire, organise un troisième tout dans le but, selon Médiapart, de favoriser les fonds d'investissement. D'où le titre de l'article : nouvelle entourloupe autour de la privatisation des aéroports de Nice et de Lyon

La Grèce, pour éponger (sans résultat pour l'instant) sa dette énorme, a vendu aux chinois le port du Pirée et est, elle aussi, en train de privatiser ses aéroports. Et pour les racheter, les vautours ne manquent pas. C'est une situation similaire que nous vivons en France, à la différence que ces transactions ne nous sont pas imposées. En somme, une gestion à la grecque qui ne dit pas son nom que, dans la plus totale opacité, nous devons subir.

 

CICE, patronat, gouvernement : mensonge, hypocrisie, incompétence

C'est un rapport sénatorial qui cible le CICE (Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi) : il nous dit que le dispositif coûte 1% du PIB par an. Pour quels effets ? Quand on regarde  l'évolution du chômage , on peut légitimement penser que le mot "emploi" contenu dans l'acronyme a été oublié !!! Pour quelles raisons ce dispositif n'a-t-il pas rempli son objectif ?

Avant tout, les mensonges du Patronatle dispositif a été mis en place en 2013, contre la promesse, faite par le MEDEF, de créer un million d'emplois en cinq ans. La propagande patronale avait pour support la création d'un pin's qui rappelait cette promesse (fabriqué en République Tchèque pour des raisons de coût), qui a été mis à la casse une fois son rôle d'enfumage accompli. Dans les faits, le CICE n'a favorisé ni la création d'emplois, ni l'investissement : deux exemples le montrent de façon irréfutable : d'abord celui de Radiall, l'entreprise du "patron des patrons", qui, tout en percevant 876000 euro au titre du CICE, réussit le tour de force d'affecter les trois quarts de cette manne aux actionnaires, tout en faisant passer la part d'impôts payés en France de 25% à 3%. Il y a aussi Sanofi, entreprise qui cumule le CICE avec le Crédit Impôt Recherche (CIR, qui a déjà fait l'objet d'un rapport parlementaire démontrant aussi son inefficacité), ce qui est un comble pour une entreprise qui licencie des chercheurs  et ferme des laboratoires tout en augmentant les dividendes des actionnaires ! Ces exemples, pris parmi tant d'autres, illustrent les failles du CICE, qui sont exactement les mêmes que celles du CIR.

 

Mais aussi l'insondable incompétence du pouvoir, car les évidentes faiblesses du dispositif auraient dû interpeller le Gouvernement dès sa mise en place : dès 2013, le Monde mettait en évidence les failles du dispositif CICE en soulignant que la loi de mise en place stipulait que cette ristourne d'impôts ne pouvait pas servir à augmenter les dividendes ou les rémunérations des dirigeants. En fait, il était déjà inscrit dans les caractéristiques du CICE que l'état ne serait pas capable de faire respecter la loi. A la suite du rapport sénatorial cité plus haut, Médiapart parlait d'un coût exorbitant sans créations d'emplois et pointait les insuffisances du dispositif :
- Un crédit accordé sans aucune contrepartie : les deux exemples cités plus haut montrent bien les effets pervers d'une mesure que l'on peut détourner de ses buts originels sans avoir de comptes à rendre sur l'utilisation faite de l'argent public et sans qu'aucun contrôle ne soit effectué.
- Un ciblage défectueux des réductions d'impôt : l'objectif affiché par le gouvernement était de défendre l'industrie et les entreprises innovantes. En réalité, c'est le Commerce et en particulier la grande distribution qui est le premier bénéficiaire du CICE. Le rapport relève ainsi que "moins d'un cinquième de la créance est destiné à la cible du CICE"
- Un dispositif qui profite surtout aux grosses entreprises :  Médiapart nous apprend que les grandes entreprises ont bénéficié de 30% des crédits d'impôts alors que celles-ci représentent seulement 1% des dossiers. Quand on sait que ces petites entreprises constituent le principal gisement d'emplois, l'inefficacité du CICE était plus que prévisible.
- Des effets pervers qui n'ont même pas été prévus : ce n'est sûrement pas un  hasard si la baisse de la contribution des entreprises a été accompagnée d'une augmentation du taux de la TVA : il faut bien que quelqu'un paie l'énorme service de la dette et quand les entreprises et les actionnaires refusent cette charge, c'est bien les ménages qui la prennent en charge même si, pour un nombre croissant de français, elle devient insupportable. Ce n'est pas non plus un hasard si l'effort de financement de ces mesures incohérentes et perverses se sont accompagnées de la baisse des dotations de l'état aux collectivités locales : il faut bien trouver l'argent quelque part pour financer une mesure aussi coûteuse ! Et là encore, ce sont les ménages qui sont mis à contribution, car de nombreuses communes doivent augmenter leurs taxes locales pour compenser cette mesure. Enfin, il existe une autre forme de captation des grandes entreprises aux dépens de leurs PME sous-traitantes, lorsque les premières font main basse sur la maigre part octroyée aux PME, sous forme d'exigences de réduction du prix de leurs prestations.
Pourtant, Hollande, bien que conscient de ces faiblesses, ne remettra pas en cause le CICE, même à la marge ! Il est sous l'effet du chantage patronal qui le menace d'un taux de chômage à 14% s'il ne satisfait pas ses exigences. D'où la loi Travail, encore jugée insuffisante par un Gattaz à qui aucune mesure visant à précariser les salariés ne sera jamais suffisante.

Et tout ce gaspillage de l'argent public pour arriver à ce résultat en matière d'emploi ! Au vu des résultats de sa politique de Gribouille et conformément à ses dires, Hollande devrait aller se cacher au fond de son trou et ne même pas se présenter aux primaires du Parti Socialiste. Mais comme il ne tient pas ses promesses, on peut parier que François le Ridicule, en triturant les chiffres pour leur faire dire ce qu'il veut,  proclamera haut et fort que le chômage a bien baissé au cours de son quinquennat, comme il a essayé de nous persuader que son bilan en la matière est meilleur que celui de Sarkozy

 

Une loi désastreuse dans son contenu, dans ses modalités de vote, dans ses conséquences

Ca y est ! La loi travail, contre vents et marées, a été votée. Elle a été votée sans une majorité claire de l'assemblée nationale, et malgré une opposition majoritaire de l'opinion et des syndicats représentatifs.  Les conditions de son adoption traduisent le triomphe d'une pensée unique, assénée à coups de l'article 49-3, qui n'avait jamais été aussi salement employé. C'est un vote qui fera date dans l'histoire de cette cinquième République, dont les institutions auront été perverties comme jamais elles ne l'avaient été avant.

Deux lois de la République ouvertement violées
Cela commence par une violation des lois de la République : la loi Larcher de 2007, dite de "modernisation du dialogue social", prévoit que "tout projet gouvernemental impliquant des réformes dans les domaines des relations de travail de l'emploi et de la formation professionnelle, doit d'abord comporter une phase de concertation avec les partenaires sociaux reconnues représentatives au niveau national". Or il aura fallu attendre plusieurs mois pour que la ministre du travail daigne recevoir Philippe Martinez et cette entrevue a tourné au dialogue de sourds. C'est exactement le contraire de ce que prévoit la loi :  A l'initiative du Gouvernement, un document d'orientation doit être établi et diffusé à tous les partenaires sociaux. Rien de tout cela n'a été fait, le Gouvernement se contentant d'écouter le MEDEF  et, à la marge, le syndicat qui lui dit toujours ce qu"il a envie d'entendre, la CFDT.

La CGC-CFE, d'abord indécise, s'est finalement rangée dans le camp des opposants, faisant ainsi défection à un gouvernement qui l'avait compté parmi ses "alliés". C'est, de ce fait, près de 60% de la représentativité syndicale qui se déclare aujourd'hui opposée à la loi Travail. Mais le Gouvernement n'a tenu aucun compte de cette opposition majoritaire, violant ainsi une deuxième loi de la République, celle d'Aout 2008 sur la représentativité syndicale. 

Absence de débat et pensée unique
On attend toujours le débat sur les nombreuses critiques qu'ont suscitées la loi travail :
- d'abord celles exprimées dans la presse : le magazine alternatives économiques, entre autres, a fait un numéro spécial sur le piège de la flexibilité qui est un véritable argumentaire contre la loi El Khomri. Thomas Piketty, sur son blog, qualifie la loi travail "d'effroyable gachis" , perpétré avec le même mélange d'impréparation et de cynisme. Un collectif d'économistes, dont le même Thomas Piketty, affirme dans un article du Monde que la loi travail ne réduira pas le chômage.
- Puis il y a les réserves exprimées par un syndicat peu suspect de tendances révolutionnaires : dans une interview accordée à l'Humanité, François Hommeril, nouveau secrétaire de la CFE-CGC, qualifie cette loi de "magasin des antiquités du néolibéralisme". Il ne croit pas, lui non plus, que cette loi contribuera à créer des emplois. Il qualifie cette loi "d'exemple assez extraordinaire de ce qu'il ne faut pas faire" : la détaxation des heures supplémentaires est une action anti-économique, qui crée des distorsions de concurrence et favorise le dumping social. Pour le journal Marianne, le secrétaire de la CGC est plus précis dans sa dénonciation des effets pervers de la loi : "Jusqu'ici, les débats se focalisent sur la frontière sociale - patrons versus salariés. Dans la réalité, la frontière économique la plus importante oppose les entreprises donneuses d'ordre aux sous-traitants. Or, si cette loi est votée, les premiers vont immédiatement exiger de leurs obligés des baisses de prix en arguant du fait qu'ils peuvent rogner sur le coût de leurs heures supplémentaires [...]. Dans les services, notamment, les pressions seront instantanées". Madame El Khomri est restée sourde à ces critiques, pourtant sérieuses et bien argumentées.
 Enfin, la CFE-CGC se prononce contre ce qui est la "colonne vertébrale" de la loi : l'article 2, qui consacre l'inversion de la hiérarchie des normes.

On aurait pu attendre un débat portant sur ces réserves, d'autant plus que l'opposition à la loi travail est majoritaire, en termes de représentativité syndicale. Mais non, les hommes politiques, dont la prétention n'a d'égal que la bêtise, agissent en vertu d'une pensée unique qui n'est même pas la leur, mais celle du néolibéralisme européen de Barroso et maintenant de Junker, qui ne rêvent que détruire ce qui reste de protection sociale dans les pays de l'Union. Et la droite n'est pas en reste, avec un certain petit roquet hargneux qui estime, avec l'autorité du cuistre qui a fait perdre 500 milliards d'euro à la France, que les nuits debout n'ont rien dans le cerveau et qu'il faut faire payer - sait-il seulement sur quelles bases juridiques, ce jean-foutre ? - le prix des dégradations à la CGT.

L'outrance d'une désinformation relayée par les média et essentiellement dirigée contre la CGT : 
En effet, tout est fait pour dresser l'opinion contre la CGT, sans grand succès d'ailleurs ! Un bref aperçu montre que cette propagande n'est même pas intelligente.
- "La CGT est isolée" : prétendre cela est un déni de réalité : les politiques et les journalistes qui affirment cela ne sont pas descendus dans la rue au moment des manifestations. Ils auraient vu également, imbriqués avec les drapeaux de la CGT, ceux De Force Ouvrière, de la FSU et d e Solidaires, qui réclament tous le rejet de la loi travail. La conception de l'isolement véhiculée par les média ressemble à celle des britanniques, dont les journaux titrent "continent isolé" lorsque les communications sont coupées avec Calais.
- "la CGT est minoritaire". Ce mensonge passe sous silence les sondages, qui indiquent que 70% des français rejètent la loi travail ; lorsque la CFE-CGC passe du côté des syndicats opposés à la loi travail, le gouvernement et la presse se gardent bien de mentionner que la loi travail, en termes de représentativité, est désormais minoritaire. Lorsque François Hommeril, secrétaire de ce même syndicat, appelle à suspendre le processus parlementaire et à revenir à la discussion prévue par la loi Larcher, ils font la sourde oreille. Tout est fait pour faire croire que ce sont les "syndicalistes voyous" de la CGT qui cherchent à tout prix à imposer leurs idées, alors qu'en réalité, c'est le pouvoir qui veut passer en force.
- "La CGT est responsable des dégradations" : Empêcher les manifestations de déborder, ce n'est pas le rôle d'un syndicat dont le Service d'Ordre n'est pas armé, mais celui de la police, qui, elle, dispose de tous les moyens. Nous avons d'ailleurs vu, au cours des deux dernières manifestations, des contrôles de police renforcés. Le fait qu'il n'y ait pas eu de casse à déplorer discrédite complètement Valls et Sarkozy lorsqu'il prétend imputer les débordements des manifestations précédentes à la CGT ; Sciemment ou non, les forces de l'ordre n'avaient pas pris les précautions élémentaires pour empêcher les casseurs de casser. Il est donc vain de vouloir en reporter la responsabilité sur un syndicat, fut-ce la CGT et encore plus de vouloir la rendre financièrement responsable des dégats causés.

Une dérive autoritaire qui ne s'assume pas
- La tentative d'interdiction des manifestations, sous le prétexte fallacieux que la CGT n'est pas capable d'assumer le rôle de sécurisation qui est celui de la police. Cela n'avait d'autre finalité que de museler l'opposition de  la rue comme  a été muselée celle du parlement par l'usage du 49-3; Car pourquoi n'a-t-on pas interdit, pour les mêmes raisons, l'euro de football ? :
La manifestation du 14 juin a fait l'objet d'une interdiction de manifester par la préfecture de police, sur les ordres de Manuel Valls. Cette tentative d'atteinte à la libre expression a heureusement été levée à la suite d'une entrevue de Martinez et de Mailly avec Bernard Cazeneuve. C'est probablement lui qui a fait entendre au guignol de l'Elysée qu'il ne pouvait pas faire ça. Nous savions déjà qu'Hollande n'est qu'une baudruche pleine de vent, toujours de l'avis du dernier qui a parlé.
- Les menaces contre les prétendus "frondeurs" : Valls sait très bien que les "frondeurs" ne sont en réalité que des carriéristes, motivés par la menace d'une non-réelection s'ils ne font pas semblant de s'opposer à la loi travail. Des menaces d'exclusion clairement exprimées ont empêché ces dissidents d'aller jusqu'au bout de leur démarche. Sont-ils seulement convaincus de la nocivité de la loi travail ou s'agit-il d'un jeu de rôles entre le pouvoir et ces députés contestataires ?
- L'usage du 49-3 :  Valls croit justifier  l'usage du 49-3 par le simple fait qu'il est dans la constitution et que c'est donc la démocratie. Tandis que le blocage des sites, ce n'est pas dans la constitution. A la première phrase de cette déclaration, on peut opposer une citation du Guignol de l'Elysée au moment où le gouvernement Villepin faisait passer en force le CPE au moyen du même 49-3 :
"Le 49-3 est une brutalité. Le 49-3 est un déni de démocratie". Ainsi, ce qui est un déni de démocratie quand on est dans l'opposition devient légitime quand on est au pouvoir !
A la deuxième phrase, on peut opposer l'article 35 de la déclaration undiverselle des droits de l'homme et du citoyen : "quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple le plus sacré de droits et le plus indispensable des devoirs". Le blocage des raffineries est une forme d'insurrection à laquelle ke pouvoir répond en envoyant sa police, comme c'est d'ailleurs le cas dans toutes les situations insurrectionnelles.

Et nous en arrivons à la conclusion : la violation répétée des lois républicaines conduisant à l'absence de débat sur les différents articles de la loi El Khomri, la désinformation systématique pratiquée par le pouvoir et une certaine presse à sa botte, l'interdiction de s'exprimer par la manifestation, les menaces contre ceux qui ont des velléités d'opposition, sont les ingrédients qui conduisent à une dérive autoritaire, pour ne pas dire totalitaire. Prétendre que le 49-3 respecte la démocratie sous prétexte qu'il est dans la constitution est tout simplement un sophisme, car les exemples ne manquent pas de pays qui ont des institutions parlementaires et qu'on ne peut cependant considérer comme des démocraties.

Cela ne fait aucun doute, l'usage du pouvoir par ce gouvernement socialiste est une trahison : d'abord parce que les électeurs de François Hollande ne l'avaient pas mandaté pour qu'il promulgue une loi qui rende les salariés taillables et corvéables à merci. Ensuite parce que, dans les états de droit, le rôle du pouvoir est de protéger les citoyens des abus de la classe dominante. Or non seulement il ne le fait pas, mais il crée un boulevard pour que la droite, revenue au pouvoir l'anne prochaine, promulgue des lois encore plus destructrices que la loi El Khomri. L'étiquette même de ce parti qui se prétend socialiste est une forfaiture et une imposture.

Si le mouvement d'opposition à la loi travail se rallume en septembre, ce ne sera que légitime. Mais les syndicats et surtout les citoyens en seront-ils capables ?


Propagande d'état et journalisme de chiottes

Le bétisier des déclarations de Manuel Valls ne cesse de s'alourdir.

Cela pourrait prêter à rire s'il ne s'agissait pas d'un premier ministre dit "de gauche" qui, jour après jour, instaure l'autoritarisme et le déni de démocratie contre les salariés de ce pays et l'ensemble du peuple français. 

D'abord, dit-il, "la CGT est isolée". Il suffisait pourtant de voir, dans la dernière manifestation, l'imbrication des ballons et drapeaux de la CGT, de FO, de la FSU et de solidaires (sans oublier évidemment ceux de nos jeunes étudiants et lycéens plus déterminés que jamais), pourcomprendre que c'est seulement dans ses rêves et dans ses tentatives désespérées de désinformer les français et de laisser pourrir le mouvement !

Autre ineptie : "la CGT est minoritaire". C'est incontestablement le contraire : c'est Valls et sa clique qui sont minoritaires. Ils le sont au niveau du parlement, où ils ne disposent pas de la majorité qui leur permettrait de faire passer proprement la loi travail, c'est à dire sans usage du 49-3. Ils le sont dans l'opinion, qui rejette à 80% tout ou partie de la loi travail. Et, depuis peu, ils sont minoritaires à l'aune de la représentation syndicale : par la voix de son nouveau secrétaire, la CGC vient de virer sa cuti, en se déclarant opposée à l'article 2 de la loi et en demandant qu'une concertation soit ouverte. Ce sont donc trois syndicats, regroupant près de 60% de la représentativité qui, aujourd'hui, exigent la remise à plat de la réforme. 

 Enfin, la dernière ineptie en date de ce trite sire, nostalgique de l'époque la plus sombre et la plus antisyndicale de notre hitoire, c'est de demander à la CGT d'arrêter les manifestations sous prétexte qu'elle n'est pas capable de contrôler des casseurs qui ne font pas partie de ses effectifs. 

 Mais, monsieur Valls, est-ce le rôle d'une organisation syndicale d'empêcher les dégradations ? Jusqu'à présent, nous croyions que c'était la fonction de la police. Dans cette optique, l'accusation "d'ambiguité" du service d'ordre de la CGT n'a aucun sens et relève tout simplement de la propagande sordide et abjecte dont vous êtes coutumier.

Propagande abjecte que relaient allégrement les média de la presse écrite et audiovisuelle : la CGT est un bouc émissaire tellement commode qu'on ne prend même pas la peine d'expliquer cet acharnement contre un seul syndicat, alors que Force Ouvrière, la FSU et Solidaires prennent également une part active au mouvement.

Propagande d'une presse de chiottes (qui dévoie l'éthique du journalisme indépendant et libre, parce qu'elle se garde bien d'accomplir son devoir d'information, en mentionnant que le "débat" parlementaire sur la réforme du travail se fait en violation de la loi Larcher, qui rend obligatoire la consultation des partenaires sociaux en cas de modification substantielle du droit du travail, qui rend obligatoire la consultation des partenaires sociaux en cas de modification substantielle du droit du travail, qui fait fi de toute neutralité "journalistique" et qui invite sur un plateau un syndicaliste dontre trois ou quatre débatteurs pour tenter de le mettre en pièces, comme des charognards s'y prendraient face à une proie isolée. Ceux qui tiennent aujourd'hui le haut de la scène médiatique, y compris maleheureusement sur les scènes publiques que nous entretenons par les impôts que sont les redevances, sont les tenants d'un libéralisme fou, débridé et décomplexé. 

Cette propaogande scélérate aux ordres des multimilliardaires qui détiennent la plupart des chaînes TV, des radios et des journaux de la presse écrite n'en ont que faire de préciser que les syndicats opposés à la loi travail sont aujourd'hui majoritaires en terme de représentativité et que l'entêtement du pouvoir à vouloir faire passer la réforme contre vents et marées va à l'encontre d'une autre loi, celle sur la représentativité de 2008. Ils n'en ont que faire, car informer objectivement ne fait absolument pas partie de leur éthique.

Propagande, enfin, dont l'indécence se résume en un seul argument, entendu sur France 2, une chaîne bien en vue dans les allées du pouvoir : "Ils ont été jusqu'à saccager l'hôpital ou était l'enfant des deux policiers morts". Vouloir instrumentaliser ce drame est le comble de l'indécence et ce mélange des genres est, à lui seul, très significatif. Et encore plus significatif, si on considère le silence radio autour du blessé grave de la manifestation de jeudi, auquel seul Médiapart a consacré un article.

Lorsque désinformation d'état et journalisme de chiottes se donnent la main, la démocratie est vraiment en danger. Et les restrictions apportées à la liberté de manifester ne sont pas pour rassurer.

Messieurs les journalistes, expliquez-nous comment vous pouvez encore vous regarder dans une glace.

 

Temps et contretemps de François Hollande

Pour n'avoir pas commencé par ce qu'il aurait dû faire,  écouter tous les points de vue sur la loi El Khomri,  le Pouvoir se trouve aujourd'hui en face d'une fronde. Pas la fronde d'opérette des pseudo-rebelles du parti socialiste qui se dégonflent à chaque fois devant la perspective d'une motion de censure, mais une vraie avec grèves dans les raffineries, les ports, la SNCF, etc. et avec des manifestations à répétition que le ministre de l'intérieur cherche vainement à désamorcer par tous les moyens, y compris la propagande contre la CGT - isolée et minoritaire selon lui - et des violences policières à répétition.

Pour arriver à faire passer sa loi, Hollande sort le chéquier : il s'agit de satisfaire les revendications catégorielles qui s'ajoutent au refus de la loi El Khomri afin de faire passer celui-ci au second plan. Les 134 millions qui, contre tout bon sens, devaient être amputés des crédits de la recherche ne le seront pas. Les routiers ne subiront pas les baisses de rémunération des heures supplémentaires. La revalorisation indiciaire des professeurs, refusée jusque là, sera mise en place. Les cheminots et les intermittents du spectacle ne seront pas non plus oubliés. On attend aussi les contrôleurs aériens et les pilotes d'Air France. A voir cela, on comprend qu'il n'y a une forme de clientélisme d'un gouvernement qui nous a imposé l'austérité budgetaire comme la porte de sortie de la crise économique et sociale, mais qui ouvre les vannes au profit de catégories qu'il veut caresser dans le sens du poil.

Il n'y a qu'envers les salariés du privé que le gouvernement refuse toute concession et si cet arrosage généralisé atteint son but - désamorcer les mouvements contre la loi El Khomri - ce sont eux qui se retrouveront les dindons de la farce. Et c'est contre eux que jouent les syndicats réformistes - à l'instar de l'UNSA - quand ils annoncent leur intention de retirer leurs préavis de grève à la SNCF. La gestion de la crise sociale est calamiteuse car, quel que soit l'issue des conflits actuels, le fossé entre ceux qui disposent d'un certain pouvoir de nuisance et les autres n'aura fait que se creuser.

La gestion budgétaire ne l'est pas moins : on chercherait en vain comment l'état compte financer cet arrosage généralisé et encore plus si, pour une fois, Hollande tient une de ses promesses, celle de baisser l'impôt des particuliers après avoir, au fil du quiquennat, fait un cadeau de 40 milliards d'euro aux entreprise sous forme de CICE. Pour rentrer dans les critères de Maastricht, va-t-il encore une fois revenir sur cette promesse et faire peser ce nouvel effort sur les particuliers qui n'ont accès ni aux niches fiscales ni aux mécanismes d'évasion fiscale ?  Cela signifiera une perte de pouvoir d'achat généralisé et donc une baisse de la demande. Mais on n'est plus à une aberration près : vouloir relancer l'offre alors que les recettes ne suivent pas est, pour beaucoup d'économistes, mais également du point de vue du simple bon sens, une hérésie grave dans un pays où le principal moteur économique est la consommation des ménages.

Il faut ajouter que cette hérésie se nourrit des politiques d'austérité imposées aux membres de la zone euro par l'Union Européenne. Les avertissements de Stiglitz, de Krugman, de Piketty, relayés par les économistes de la CGT, trouvent leur résonnance dans ce qui se passe en Grèce. Alors que le montant global de la dette a diminué ces dernières années, les mesures imposées au pays ont fait chuter le PIB dans des proportions plus importantes, faisant mécaniquement augmenter le taux d'endettement (cherchez l'erreur !). Si, comme le disent certains, la Grèce est réellement le "laboratoire" dans lequel se testent les politiques européennes, on ferait mieux d'arrêter tout de suite. Mais la BCE et Bruxelles continuent à imposer les mêmes solutions, tout en espérant contre tout sens commun des résultats différents ! Notre pays, en butte lui aussi aux conséquences de l'austérité, était un soutien naturel de Tsipras, mais son silence dans l'affaire de la dette grecque a été assourdissant ! Il n'y a que le FMI qui, aujourd'hui, fait entendre un nouveau son de cloche, en disant qu'il faudra bien, d'une manière ou d'une autre, alléger la dette grecque.

Mais Hollande dans tout ça ? C'est dès le début qu'il aurait dû dire non au pacte de stabilité concocté par Sarkozy et Merkel, qui officialisait l'austérité, comme d'ailleurs il s'y était engagé au cours de sa campagne électorale. Mais il a préféré lâcher la proie pour l'ombre et renoncer, en échange d'une hypothétique promesse de relance de l'économie française (sous forme d'un plan d'investissement de 120 milliards d'euro) qu'il a crue ou fait semblant de croire, mais qui, elle aussi, n'a pas été tenue. En un mot, Flanby s'est dégonflé devant Junker et devant Merkel !

La France paie le prix fort de cette austérité qu'Hollande n'a pas voulu désavouer : matracage fiscal massif (77 milliards pesant sur les ménages, puisque grâce au CICE, les impôts des entreprises ont diminué) ; émergence d'une "génération perdue" de chômeurs, principalement au sein d'une jeunesse que le Pouvoir, délibérément ou non, a sacrifié ; contre-performance de l'économie, qui a mis dix ans à retrouver son niveau de 2008 ; appauvrissement des classes moyennes ; Toutes proportions gardées, un scénario "à la grecque".  Ce qui a fait écrire à Paul Krugman : "L'Europe a désespérément besoin que le dirigeant d'une économie majeure relève la tête et dise que l'austérité est en train de tuer les perspectives économiques du vieux continent". Hollande aurait pu et du être ce dirigeant, mais il ne l'est pas".


A boulets rouges sur la CGT

C'est la posture d'un Gouvernement qui ne s'attendait sûrement pas à ce que la loi travail suscite de telles oppositions : c'est dit dans le Figaro et dans les journaux télévisés contrôlés soit par le pouvoir, soit par quelques gros intérêts privés, alors ça doit être vrai : tout est de la faute de la CGT, un syndicat isolé qu'on ne peut pas laisser faire la loi. Monsieur Valls, dans sa volonté d'ignorer tous ceux qui ne lui disent pas ce qu'il a envie d'entendre, n'a probablement pas lu les appels à la manifestation qui portent également les logos de Force Ouvrière, Solidaires, la FSU et du syndicat étudiant UNEF. Et, dans la foulée de ces affirmations mensongères, il affirme : "ce n'est pas une minorité qui fera la loi". Et il accuse la CGT, "irresponsable" à ses yeux, de réduire à néant les supposés frémissements de reprise économique que le Gouvernement se plait à monter en épingle.

A écouter ses propos, on se prend à croire que la CGT est un miroir qui lui renvoie sa propre image. Car c'est bien monsieur Valls qui est minoritaire : il l'est dans l'opinion car, dès l'annonce de la loi, les sondages ont montré que les français étaient contre à plus de 70% et même les blocages n'empêchent pas une majorité d'entre eux de penser que la sortie de crise passe par un retrait de la loi. Il est minoritaire même dans sa propre "majorité", car l'accouchement de la loi au forceps du 49-3 est motivé par un défaut de majorité au palais Bourbon. Il est donc minoritaire à la foi dans l'opinion et au parlement, mais cela ne l'empêche pas de faire la loi, et, pour cela, il n'hésite pas à en violer d'autres : il n'y a eu, avant le dépôt de la loi, aucune concertation ni aucun débat avec les partenaires sociaux - contrairement à ce que prévoient la loi Larcher de 2007 et l'article L1 du code du travail- et il a prévu, par la suite, de n'écouter que ceux qui lui disait ce qu'il avait envie d'entendre. Valls a créé les conditions d'une explosion sociale et il fait semblant de s'en étonner. Mais qui est l'irresponsable dans l'histoire ?

Ce petit monsieur a d'ailleurs une pensée très courte et une conception très personnelle de la démocratie sociale, lui qui pense que la seule existence du 49-3 dans la constitution suffit à en légitimer l'usage. Mais l'histoire et le monde sont pleins de pays dotés d'une constitution et qui, par essence, ne sont pas démocrates. Ce qui définit la démocratie, ce n'est pas la constitution, mais l'usage qu'on en fait. S'appuyer sur la peur qu'éprouvent quelques frondeurs d'opérette des conséquences (surtout pour eux) d'une motion de censure, ce n'est pas un signe de bonne santé démocratique, pas plus que l'usage à quatre reprises (peut-être cinq lorsque la loi reviendra devant les députés) en un an du 49-3 n'en est un. Nous l'avons déjà dit : la sixième république n'a pas besoin de 49-3.

 

 

Europacity : le cahier d'acteur de la CGT Paris Nord 2

Ceci soulève immédiatement une question qui mérite réponse : le projet, selon les dires du concepteur, va créer plus de 10000 emplois. Qu'est-ce qui pousse une structure syndicale à refuser un projet générateur d'emplois ?

D'abord, l'expérience nous a appris à nous méfier de ces mirifiques promesses : nous avons tous en mémoire celles de Gattaz, sous forme d'un pin (un million d'emplois) promis en échange du CICE. Le même Gattaz a avoué quelques semaines plus tard que l'argent ainsi récupéré irait dans la poche des actionnaires et les pins sont partis à la poubelle ! Plus spécifiquement à notre propos, il y a, dans toute la France et en particulier en Ile de France, une inflation de centres commerciaux qui peinent à trouver leur clientèle. Aéroville et le Millénaire à Aubervilliers avaient également fait de somptueuses déclarations sur les emplois crées. Aucune de ces promesses n'a été tenue et les deux centres sont en difficulté aujurd'hui (malgré l'autosatisfaction bruyante des gérants d'Aéroville, autosatisfaction que ne semblent pas partager les commerçants).

Il y a une chose curieuse dans ces projections d'emploi : Toutes mentionnent le nombre d'emplois créés, mais jamais le nombre d'emplois détruits par leur présence. Cette étude, la chambre de commerce de l'Hérault l'a réalisée, pour constater que pour chaque emploi créé par l'implantation d'un grand centre commercial, trois emplois sont détruits dans le territoire de ce secteur, qui comprend également les communes limitrophes du 93. Le débat prend alors des allures de guerre économique entre territoires (ce qui n'est jamais bon pour l'emploi), matérialisée par le fait que, dans leur grande majorité, les élus du 93 se sont prononcés contre (voir à ce sujet la prise de position du conseil municipal de Stains), alors que le conseil général du Val d'Oise  s'est prononcé pour. Quant au maire de Gonesse, il explique lui aussi pourquoi il soutient le projet, mais il y a fort à parier que la création d'emplois n'est que le prétexte dont se servent les politiques, mais que ce qui intéresse la commune de Gonesse, c'est la manne financière que va rapporter Europacity à sa commune. Mais on ne pratique pas une politique d'aménagement du territoire à partir des intérêts d'une commune.

Nous sommes bien placés, avec l'exemple d'Aéroville qui se trouve dans notre secteur, pour mettre en doute la viabilité à long terme du projet et le débat public, dans son ensemble, fait étalage d'une sérieuse carence dans ce domaine. Dans l'esprit des concepteurs, le projet serait-il "too big to fail" ? Mais le Titanic et la banque Lehman Brothers étaient également "too big to fail" ! Nous pensons qu'Europacity, en raison même de la démesure de ses objectifs, sera également un colosse aux pieds d'argile. Et quand il fermera, laisant sur le carreau tous ses employés, nous aurons une pensée pour Mirapolis, ce parc d'attraction ouvert dans les années 90 près de Pontoise et fermé trois ans après, faute de prospectives sérieuses sur sa viabilité. Cela ne fera qu'une friche industrielle de plus, créée de surcroit aux dépens d'une des rares terres agricoles qui restent dans la région parisienne, qui s'ajoutera à celle toute proche de PSA Aulnay, de sinistre mémoire. 

Enfin, nous considérons que les besoins de la population sont prioritaires, et c'est un point de vue que partage également la CGT du Val d'Oise qui vient de publier un communiqué dans ce sens et l'Union Départementale de Paris qui, au cours d'un débat organisé par le CPTG, s'est également exprimé dans le même sens  . Il faut savoir que de l'argent public va être consacré à la création d'une gare - et au détournement de la ligne du grand Paris - évalué à un milliard d'euro selon Jean Gadrey. Quelque soit la somme, il est indécent que de l'argent public soit investi dans ce projet, aux dépens de priorités criantes : remise en état du réseau ferroviaire pour éviter de nouveaux Brétigny, création de postes de personnel pour les hôpitaux en sous-effectifs, remise à niveau des établissements scolaires sinistrés du 93, augmentation du budget de la justice qui, selon l'expression de Médiapart, est en voie de clochardisation. C'est autant de raisons pour refuser que de l'argent public, quelle que soit la somme, soit investi dans ce projet ou dans d'autres, tel que le projet CDG express qui fera doublon avec la ligne 17 du Grand Paris.  Au lieu de cela, on préfère favoriser un projet, porté par un investisseur qui ne paie pas ses impôts en France, mais sait se rappeler qu'il y a un état français quand il s'agit de tendre la sébille. 

Nous pensons que le financement public est le talon d'Achille de ce projet, car en son absence, celui-ci s'écroule. C'est donc sur ce point qu'il est légitime, en tant que citoyen, de faire valoir son avis.

 

Dérive autoritaire ? Non, dérive dictatoriale !

Pour la quatrième fois en moins d'un an, Manuel Valls, pas sûr du tout d'avoir une majorité, fait passer une loi à coup de 49-3, en contradiction avec les paroles du clown de l'Elysée qui, il y a 10 ans, considérait  l'usage du 49-3 dans l'affaire du CPE comme un déni de démocratie. 

Le 10 octobre, le Front de Gauche tente d'élaborer une motion de censure, avec l'objectif avéré de renverser l'exécutif actuel, "pour laisser la place à un gouvernement qui ferait une politique de gauche". Il faut 58 signatures pour pouvoir déposer cette motion, l'initiative en obtiendra 56. Parmi les signataires, 25 députés "frondeurs" - dont les anciens ministres Aurélie Filipetti et Benoit Hamon qui, pour une fois, ont pris leurs responsabilités. 

 Mais, dans les rangs du Parti Socialiste, Valls ne veut voir qu'une seule tête, la sienne ! Il ne "laissera pas les frondeurs détruire le gouvernement". Ce sont, en fait, ses porte-flingue, Cambadélis en tête, qui vont se montrer plus précis : la haute autorité est saisie en vue d'une éventuelle exclusion du Parti Socialiste, ce que pourraient permettre les statuts de celui-ci au nom d'une "unicité de vote". Ainsi, à ceux qui questionnent si un parti au pouvoir a le droit de trahir de façon aussi éhontée ses électeurs en pratiquant une politique pire que celle de Sarkozy en son temps, on oppose des statuts ! La dérive du Parti Socialiste n'est même plus à démontrer : ce n'est pas seulement une dérive doctrinale, c'est également une dérive autoritaire !

Mais il y a plus grave encore, attesté par le comportement des forces de l'ordre au cours des manifestations :

 Des groupes de jeunes, à la fin de la manifestation, s'en sont pris aux services d'ordre de la CGT et de Force Ouvrière, accusés d'être des "collabo" de la police parce que leur rôle est d'éviter les débordements. Dix membres du service d'ordre ont été blessés, dont un est à l'hôpital. A un CRS avec qui j'ai eu l'occasion de parler et qui prétendait sans rire "être là pour nous protéger", j'ai répondu que c'était peut-être ce que leur disait leur hiérarchie, mais que, pour ma part, je n'en croyais pas un mot ! Et j'avais raison, car le comportement des forces de l'ordre était loin d'être clair : ce sont les manifestants qu'ils ont attaqués, à la fin de la manifestation, avec des grenades lacrimogènes et ils n'ont rien fait pour protéger le service d'ordre des agresseurs. Ces faits ont été évoqués en quelques secondes par les différents journaux télévisés, qui ont surtout évité de poser les questions qui pourraient fâcher : l'attitude passive des CRS n'est-elle pas dictée par le pouvoir ? Et qu'est-ce qui nous prouve que les "casseurs" ne sont pas plutôt  des provocateurs qui agissent ainsi afin de justifier des violences policières et d'intimider les opposants à la loi El Khomri ?

Quoi qu'en dise Bernard Cazeneuve, ces questions sont parfaitement légitimes sur la base de deux constatations : la première, c'est que le Gouvernement est prêt à tout pour faire passer une loi rejetée par les trois quarts des français, car il y va de sa survie. La deuxième, c'est qu'on n'avait jamais vu de telles violences policières depuis mai 68 et Villepin lui-même, plutôt que de déclencher une situation pré-insurrectionnelle qui serait, à l'instar de ce qui est en train de se passer aujourd'hui, devenue rapidement incontrôlable, avait préféré renoncer au CPE.

Alors, dérive autoritaire ? Non, dérive dictatoriale !